Le Parquet général des sports du CONI a saisi le Parquet fédéral de la FIGC pour qu’une enquête soit ouverte sur les conditions d’éligibilité de Giovanni Malagò, élu président de la Fédération italienne de football le 22 juin dernier avec 68,58 % des voix.

À peine deux mois après son élection triomphale, le nouveau président du football italien pourrait déjà devoir répondre de la régularité de son propre processus électoral. Le Parquet général des sports du CONI, le Comité National Olympique Italien, a demandé au Parquet fédéral de la FIGC d’ouvrir formellement une enquête sur la situation de Giovanni Malagò, dont l’éligibilité au moment de sa candidature est aujourd’hui remise en question.
Une élection pourtant écrasante en juin dernier
Le contraste est saisissant. Le 22 juin dernier, réuni en assemblée élective à Rome, le football italien avait pourtant tranché sans ambiguïté : Giovanni Malagò, ancien président du CONI, avait recueilli 68,58 % des suffrages, soit 343 084 voix, contre 29,17 % pour son unique rival, Giancarlo Abete, ancien président de la FIGC entre 2007 et 2014 et représentant du football amateur. Un score sans appel qui faisait de lui le successeur naturel de Gabriele Gravina, démissionnaire après l’échec de la Nazionale à se qualifier pour la Coupe du Monde 2026, éliminée en barrages face à la Bosnie-Herzégovine.
Une contestation qui remonte à un document daté du 15 juillet
Selon un document révélé par le quotidien italien La Stampa et daté du 15 juillet, le procureur général des sports Ugo Taucer pointe du doigt l’absence de documents objectifs permettant d’établir la validité de l’adhésion de Giovanni Malagò aux conditions prévues par l’article 29 des statuts de la FIGC, cette disposition encadrant précisément les critères d’éligibilité requis pour se porter candidat à la présidence de la Fédération. Le magistrat constate également qu’aucune mesure administrative ne semble avoir été prise par le Parquet fédéral de la FIGC concernant cette question, avant de saisir formellement son homologue, le procureur fédéral Giuseppe Chiné, afin qu’une enquête soit officiellement diligentée.
Point crucial souligné dans ce document : à ce jour, aucun juge ne s’est encore prononcé sur la régularité de l’enregistrement de la candidature de Malagò, cette question spécifique n’ayant jamais été examinée lors des procédures précédentes entourant cette élection.
Un premier round déjà remporté par Malagò avant le scrutin
Il convient de rappeler que la question de l’éligibilité de Giovanni Malagò n’est pas totalement nouvelle dans ce dossier. Avant même la tenue du scrutin de juin, une première contestation similaire avait déjà été soulevée à la demande d’Andrea Abodi, le ministre italien des Sports, autour d’une éventuelle application des règles dites de « pantouflage », qui encadrent les allers-retours entre fonctions publiques et privées pour éviter les conflits d’intérêts. L’Autorité nationale anticorruption italienne, l’ANAC, avait alors tranché en faveur de Malagò, écartant l’applicabilité de ces règles à sa situation et lui permettant ainsi de se présenter au scrutin dans les délais prévus.
Cette nouvelle procédure, portée cette fois par le Parquet général des sports du CONI et non par le ministère des Sports, semble donc porter sur un angle distinct, celui des conditions d’adhésion prévues spécifiquement par les statuts internes de la FIGC, plutôt que sur la réglementation anticorruption nationale déjà tranchée par l’ANAC.
Qui est Giovanni Malagò ?
Âgé de 67 ans, Giovanni Malagò reste une figure incontournable du sport italien depuis plus de deux décennies. Ancien international de futsal, il a présidé le CONI de 2013 à 2025, période durant laquelle le Comité National Olympique Italien a notamment décroché ses meilleures moissons de médailles de son histoire, aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2021 puis de Paris en 2024. Il a également piloté l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina, disputés en Italie début 2026, un événement salué comme une réussite organisationnelle majeure pour le pays.
Son lien avec le football italien ne date pas non plus de cette élection : en 2018, déjà à la tête du CONI, il avait dû gérer une grave crise de gouvernance au sein de la FIGC après l’échec de la Nazionale à se qualifier pour la Coupe du Monde 2018 en Russie, une situation qui avait déjà nécessité une intervention exceptionnelle du comité olympique italien dans les affaires du football national.
Un mandat qui démarre sous tension
Lors de sa première conférence de presse en tant que président de la FIGC, Giovanni Malagò avait pourtant affiché une volonté de tourner rapidement la page des crises de gouvernance qui ont marqué le football italien ces dernières années, en présentant sa candidature comme un acte de dévouement plutôt qu’une ambition personnelle. Il avait également laissé entendre qu’il ne briguerait pas de second mandat à l’issue de celui-ci, prévu jusqu’en février 2029.
Cette nouvelle procédure judiciaire, ouverte à peine deux mois après son entrée en fonction, vient donc contrarier ce début de mandat que le nouveau président espérait placer sous le signe de la stabilité retrouvée, après plusieurs années de turbulences institutionnelles pour la Fédération italienne.
Quelles conséquences possibles pour cette enquête ?
À ce stade de la procédure, il ne s’agit que d’une demande d’ouverture d’enquête formulée par le Parquet général des sports du CONI auprès du Parquet fédéral de la FIGC, et non d’une mise en cause juridique formelle de Giovanni Malagò. Le procureur fédéral Giuseppe Chiné devra désormais déterminer s’il existe suffisamment d’éléments pour justifier l’ouverture d’une véritable instruction sur la régularité de l’enregistrement de la candidature de l’actuel président.
Si une telle enquête venait à être ouverte et à conclure à une irrégularité avérée dans le processus d’adhésion de Malagò aux conditions statutaires requises, les conséquences pourraient s’avérer significatives pour la légitimité de son mandat, dans un football italien qui a déjà connu son lot de crises institutionnelles ces dernières années. À l’inverse, une clôture rapide du dossier sans suite permettrait au nouveau président de refermer définitivement cette question et de se concentrer pleinement sur les chantiers de reconstruction qu’il s’est fixés, entre développement des jeunes talents et investissement dans les infrastructures du football national.
Conclusion
Deux mois après une élection remportée à une large majorité, Giovanni Malagò doit donc déjà faire face à une nouvelle contestation autour de la légitimité de son processus d’éligibilité, cette fois portée directement par le Parquet général des sports du CONI. Si cette procédure reste pour l’instant à un stade préliminaire, elle rappelle que le climat de suspicion institutionnelle qui a longtemps caractérisé la gouvernance du football italien n’a pas totalement disparu avec l’arrivée du nouveau président, loin des standards de stabilité qu’il ambitionnait pourtant d’incarner au moment de sa candidature.
