Accusé d’avoir voulu acheter le vote des fédérations, Gianni Infantino défend son projet de vendre une partie de la Coupe du monde à des investisseurs privés.

La polémique enfle autour de Gianni Infantino. Le président de la FIFA, déjà sous le feu des critiques pour son bilan du Mondial 2026, doit désormais défendre un second dossier explosif : un projet de restructuration commerciale de la Coupe du monde, accusé par plusieurs instances majeures du football d’ouvrir la porte à des investisseurs privés dans des conditions jugées troubles.
Un projet à 20 milliards de dollars qui inquiète
Selon des révélations du Times et du Telegraph, Gianni Infantino aurait dévoilé un projet de création d’une nouvelle entité commerciale baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE), évaluée à 20 milliards de dollars, chargée de superviser la gestion de plusieurs compétitions majeures, dont la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs. L’objectif affiché serait de céder entre 20 et 30 % du capital de cette structure à des investisseurs privés, une manœuvre présentée par la FIFA comme une modernisation de sa gouvernance financière au service du développement du football mondial.
Ce projet, qui pourrait redessiner en profondeur le modèle économique du football international, a immédiatement suscité une vague de réactions hostiles de la part de plusieurs fédérations et instances continentales.
Des accusations de tentative d’achat de votes
L’affaire a pris une tournure particulièrement sensible ces dernières heures, avec des révélations selon lesquelles Gianni Infantino aurait proposé une compensation financière directe aux 211 fédérations membres de la FIFA pour obtenir leur soutien au projet. Selon des médias britanniques, chaque fédération se verrait promettre 40 millions de dollars, dont un premier versement de 20 millions, à condition de valider le plan avant une échéance fixée au 19 septembre. Les fédérations refusant d’y adhérer ne pourraient prétendre, elles, qu’à une enveloppe nettement plus modeste dans le cadre du système de répartition actuel des revenus de la FIFA.
Cette méthode a immédiatement été perçue par de nombreux observateurs comme une tentative d’influencer le vote des fédérations les plus modestes, financièrement dépendantes des largesses de l’instance mondiale, plutôt que de les convaincre sur le fond du projet.

L’UEFA et la Fédération allemande montent au créneau
Face à ce dossier, l’UEFA a réagi avec une fermeté rare, dénonçant un projet qui ferait franchir au football une ligne que les institutions dirigeantes ne devraient, selon elle, jamais franchir. La Fédération allemande de football (DFB) a rapidement rejoint cette opposition, son vice-président estimant publiquement qu’une ligne avait été franchie par la direction de la FIFA dans cette affaire.
Cette levée de boucliers commune entre l’instance continentale européenne et l’une de ses fédérations les plus influentes illustre l’ampleur de la fracture ouverte par ce dossier au sein de la gouvernance du football mondial, à quelques semaines seulement d’une échéance de vote présentée comme déterminante pour l’avenir commercial de la Coupe du monde.
Des soupçons de conflits d’intérêts autour de Donald Trump
Le dossier se complique encore davantage avec les interrogations soulevées autour des investisseurs privés potentiellement impliqués dans ce projet. Plusieurs médias évoquent des liens étroits entre Gianni Infantino et le président américain Donald Trump, l’un des investisseurs privés pressentis étant, selon plusieurs sources, un membre de la famille du gendre de ce dernier. L’ancien président de la FIFA Sepp Blatter s’est lui-même dit préoccupé par la proximité affichée entre le dirigeant actuel de l’instance et l’administration américaine.
Ces soupçons de conflits d’intérêts viennent alimenter un climat de défiance déjà exacerbé par la gestion contestée du Mondial 2026, coorganisé par les États-Unis, le Mexique et le Canada.
La communication controversée de la FIFA
Face à cette avalanche de critiques, la FIFA a choisi de construire sa communication autour de promesses de solidarité financière et de développement mondial du football, mettant en avant des formules comme la volonté de démocratiser le football à l’échelle planétaire ou de donner voix au chapitre à chaque association membre. Les questions les plus sensibles, en revanche, restent largement contournées dans les communiqués officiels de l’instance, qu’il s’agisse des soupçons de conflits d’intérêts ou des inquiétudes concernant l’évolution future des grandes compétitions internationales.
Infantino persiste et signe sur le bilan du Mondial 2026
Ce nouveau dossier vient s’ajouter à une autre polémique déjà bien installée : celle du bilan du Mondial 2026 lui-même. Dans un communiqué publié sur le site de la FIFA, Gianni Infantino a défendu le bilan de ce qu’il a qualifié de Coupe du monde la plus exceptionnelle de l’histoire, tout en invitant ses détracteurs à « méditer, prier, ou tout simplement regarder un match de football ». Le président de la FIFA a notamment balayé les critiques liées aux refus de visas pour des supporters et à l’incident impliquant l’arbitre somalien Omar Artan en amont du tournoi, estimant que ces polémiques avaient occulté les aspects positifs de la compétition.
Il a également défendu l’élargissement du tournoi de 32 à 48 équipes, une réforme elle aussi vivement critiquée par une partie du monde du football depuis son annonce.
Une polémique qui s’annonce durable
Entre le projet de FIFA Forward Enterprise, les accusations de tentative d’achat de votes et la défense contestée du bilan du Mondial 2026, Gianni Infantino traverse l’une des périodes les plus tendues de son mandat à la tête de la FIFA. Avec une échéance de vote fixée au 19 septembre pour ce dossier commercial explosif, la pression ne devrait pas retomber dans les prochaines semaines, plusieurs responsables européens estimant que ce chantier dépasse largement la seule question de la gouvernance financière du football mondial.

