Fragilisé par l’échec retentissant de son projet FIFA Forward Enterprise et une fronde interne inédite, Gianni Infantino se tournerait vers l’administration Trump pour tenter de sauver son fauteuil de président de la FIFA, selon des révélations du New York Post reprises par plusieurs médias internationaux.

Jamais la position de Gianni Infantino n’aura semblé aussi précaire depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016. Fragilisé par l’échec cinglant de son projet de privatisation partielle de la Coupe du Monde et par une fronde interne d’une ampleur inédite, le dirigeant italo-suisse chercherait aujourd’hui du côté de Washington les appuis politiques nécessaires pour conserver son fauteuil, selon des révélations du New York Post relayées par de nombreux médias internationaux.
Des appels restés sans réponse
Selon les informations du quotidien new-yorkais, Gianni Infantino devait s’entretenir ce lundi par téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Le président de la FIFA aurait par ailleurs tenté, à plusieurs reprises, de joindre directement Donald Trump depuis l’effondrement de son projet commercial vendredi dernier, des tentatives restées jusqu’ici infructueuses.
Officiellement, ces démarches viseraient à échanger avec l’administration américaine sur la manière dont le football pourrait servir le rayonnement et l’influence internationale des États-Unis. Mais selon plusieurs sources consultées par le New York Post, l’objectif réel de ces sollicitations serait avant tout politique et personnel. Une source proche du dossier a résumé la situation sans détour, expliquant que chacun sait qu’il s’agit en réalité pour Infantino de préserver son propre poste, rien de plus. Une autre personne interrogée décrit un président de la FIFA désormais isolé, à la recherche d’alliés suffisamment influents pour le soutenir publiquement face à la contestation grandissante.
L’effondrement du projet FIFA Forward Enterprise
Cette quête de soutien politique intervient au lendemain de l’abandon retentissant du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), au cœur de la crise institutionnelle que traverse actuellement l’instance mondiale du football. Ce plan, resté longtemps confidentiel, prévoyait de céder 20 % des droits commerciaux de la Coupe du Monde au fonds d’investissement Thrive Capital pour un montant de quatre milliards de dollars, valorisant l’ensemble de l’opération à 20 milliards de dollars.
La révélation de ce projet a immédiatement déclenché une vague de contestation sans précédent, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la FIFA. En interne, le sentiment de trahison domine parmi plusieurs cadres de l’organisation : Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA, a publiquement exprimé sa colère face à ce dossier, tandis qu’une fronde de dirigeants s’est structurée sous le nom de code « Project Kill The Monster », avec pour objectif affiché d’obtenir la démission pure et simple du président de l’instance.
L’UEFA vote un boycott historique
La riposte la plus spectaculaire est toutefois venue de l’extérieur : fin juillet, l’UEFA a voté à l’unanimité de ses membres le boycott de l’ensemble des compétitions organisées par la FIFA, une mesure de rétorsion sans précédent dans l’histoire des relations entre les deux instances. Ce refus massif menaçait directement, entre autres échéances majeures, l’organisation de la Coupe du Monde 2030, conjointement attribuée à l’Espagne, au Portugal et au Maroc, plaçant Gianni Infantino dans une position politique intenable au sein même de sa propre organisation.
Face à l’ampleur de cette contestation, le président de la FIFA a fini par jeter l’éponge sur son projet commercial vendredi dernier, un recul qui n’aura toutefois pas suffi à apaiser la crise de confiance désormais installée entre lui et plusieurs des principales instances continentales du football mondial.
Une proximité avec Trump déjà source de polémiques
Le recours à l’administration américaine pour tenter de sauver son poste s’inscrit dans la continuité d’une relation déjà scrutée de très près entre Gianni Infantino et Donald Trump. Le président de la FIFA avait notamment assisté à l’investiture du président américain en janvier, et la fille de ce dernier, Ivanka Trump, avait été associée au tirage au sort de la Coupe du Monde des clubs de la FIFA quelques semaines plus tôt. Donald Trump avait par ailleurs assisté en personne à la finale de la Coupe du Monde 2026, le 19 juillet dernier, aux côtés du président de la FIFA.
Cette proximité affichée avait déjà valu à Gianni Infantino d’être accusé, par l’organisation britannique de défense des droits humains FairSquare, d’avoir enfreint le devoir statutaire de neutralité politique auquel est pourtant tenue la FIFA. L’organisation avait notamment pointé du doigt les propos tenus par le président de la FIFA sur son compte Instagram personnel en octobre dernier, où il affirmait que Donald Trump méritait, selon ses propres mots, très clairement le prix Nobel de la paix. Interrogé sur cette proximité avec un président américain jugé polarisant, Infantino avait justifié cette relation en expliquant la considérer comme absolument déterminante pour la réussite d’une Coupe du Monde organisée sur le sol américain.
Un mandat déjà prolongé au-delà des statuts
Cette crise intervient à un moment particulièrement sensible du mandat de Gianni Infantino. Réélu sans opposition en 2023 pour un mandat courant jusqu’en 2027, le dirigeant suisse avait dès décembre dernier préparé le terrain pour se maintenir au pouvoir bien au-delà de cette échéance, en avançant l’argument selon lequel ses trois premières années à la tête de l’organisation, effectuées dans le cadre d’un mandat intérimaire après la chute de Sepp Blatter, ne devraient pas être comptabilisées comme un mandat complet au regard de la limite statutaire de trois mandats de quatre ans fixée par la FIFA. Une interprétation qui lui permettrait, en théorie, de briguer la présidence de l’instance jusqu’en 2031.
C’est précisément cette ambition de longévité au pouvoir qui rend la crise actuelle particulièrement périlleuse pour Gianni Infantino : après avoir consolidé sa position pendant près d’une décennie, le président de la FIFA se retrouve désormais contraint de solliciter l’aide de puissances étrangères pour simplement conserver le poste qu’il occupe déjà, une situation inédite pour un dirigeant longtemps considéré comme l’un des plus influents du sport mondial.
Une FIFA sans réaction officielle pour l’instant
Contactée par plusieurs médias internationaux au sujet de ces révélations, la FIFA n’a pour l’instant formulé aucun commentaire officiel. Ce silence institutionnel, dans un contexte de crise déjà marqué par les accusations de manque de transparence adressées à la direction de l’instance, ne devrait pas manquer d’alimenter davantage encore les interrogations sur la solidité réelle de la position de Gianni Infantino à la tête du football mondial.
Ce que cette crise révèle de l’équilibre des pouvoirs dans le football mondial
Au-delà du seul sort personnel de Gianni Infantino, cet épisode illustre une bascule plus profonde dans l’équilibre des pouvoirs au sein de la gouvernance du football international. Qu’une confédération continentale comme l’UEFA parvienne à contraindre, par la seule menace d’un boycott unanime, le président de la FIFA à abandonner un projet commercial majeur, puis à le pousser dans une position où sa survie politique dépend désormais du soutien d’une puissance étrangère, constitue un précédent qui pourrait durablement redéfinir les rapports de force entre la FIFA et ses instances continentales pour les années à venir.
Conclusion
Entre l’échec cinglant du projet FIFA Forward Enterprise, la fronde interne baptisée « Project Kill The Monster », le boycott voté par l’UEFA et désormais cette quête d’appuis politiques à Washington, Gianni Infantino traverse la période la plus critique de son long règne à la tête de la FIFA. Reste à savoir si le soutien recherché du côté de l’administration Trump, pour l’instant resté sans réponse, suffira à consolider une position présidentielle plus fragilisée que jamais.
