Alors que Gianni Infantino traverse déjà la pire crise de son mandat, l’annonce de la participation de sélections russes au Festival U15 de la FIFA en Azerbaïdjan ravive la colère de l’Ukraine, dont le ministre des Sports dénonce fermement toute normalisation du sport russe.

Décidément, rien n’épargne Gianni Infantino ces dernières semaines. Alors que le président de la FIFA fait déjà face à la fronde la plus sérieuse de son mandat, un nouveau dossier, cette fois d’ordre géopolitique, vient s’ajouter à la liste déjà longue de ses difficultés : l’Ukraine hausse le ton après l’annonce d’une participation russe à une nouvelle compétition organisée par l’instance mondiale du football.
Une autorité qui continue de se fissurer
L’ampleur de la crise institutionnelle traversée par la FIFA ces dernières semaines mérite d’être rappelée. Quelques jours à peine après l’abandon précipité du projet FIFA Forward Enterprise, cette structure commerciale qui devait ouvrir une partie des actifs de la FIFA à des investisseurs privés, le président de l’instance mondiale doit désormais gérer une contestation qui dépasse largement le seul cadre économique. L’UEFA lui a publiquement retiré sa confiance, plusieurs fédérations européennes commencent à revoir leur soutien, tandis que la Concacaf et l’AFC se sont également dressées contre sa gouvernance, dénonçant une méthode jugée incompatible avec les principes de bonne administration du football mondial.
À cette contestation institutionnelle s’ajoutent des accusations de pressions exercées sur certaines associations membres, de nouvelles révélations concernant les discussions ayant entouré l’élaboration du projet FFE, ainsi que la menace de poursuites judiciaires brandie par l’UEFA. Un renversement de situation spectaculaire pour un dirigeant qui, il y a encore quelques semaines à peine, semblait intouchable et préparait sereinement sa candidature à un nouveau mandat. Son entourage apparaît aujourd’hui fragilisé, chacun de ses soutiens est scruté de près, et la question de sa succession se pose désormais ouvertement au sein même de la FIFA. La situation serait même suffisamment sérieuse pour que plusieurs acteurs de l’instance envisagent déjà un nouveau modèle de gouvernance, reposant sur davantage de contre-pouvoirs plutôt que sur une direction concentrée entre les mains d’un seul homme.
Un nouveau front s’ouvre autour du dossier russe
C’est dans ce climat déjà extrêmement tendu qu’un autre dossier, particulièrement sensible, pourrait revenir sur le devant de la scène. La FIFA a en effet annoncé le 25 juin dernier la participation de sélections russes à son nouveau Festival U15, une compétition prévue en Azerbaïdjan du 22 au 31 octobre prochain. Une décision qui ouvre une première brèche depuis l’exclusion des équipes russes des compétitions internationales, décrétée en 2022 après l’invasion de l’Ukraine.
Officiellement, cette compétition doit rester ouverte à l’ensemble des associations membres de la FIFA sans distinction. Mais du côté russe, cette annonce a rapidement été présentée comme un premier pas vers un retour complet du football russe sur la scène internationale, une lecture qui n’a pas manqué d’inquiéter Kiev. Le précédent de 2023 reste dans toutes les mémoires : l’UEFA avait alors tenté une démarche similaire de réintégration des équipes russes de jeunes, avant de faire marche arrière face à la menace d’un boycott de l’Ukraine et de plusieurs fédérations européennes. Quatre ans plus tard, la FIFA choisit donc une voie différente, avec une réintégration qui pourrait s’élargir progressivement.
Pour Gianni Infantino, le timing de cette décision ne pouvait guère être plus mauvais. Alors que son pouvoir est déjà largement contesté et que l’UEFA cherche activement à fédérer une opposition autour de sa gouvernance, ce dossier russe risque d’offrir à ses adversaires un nouveau terrain d’affrontement, cette fois sur un plan géopolitique plutôt que strictement financier ou institutionnel.
La position inflexible du ministre ukrainien des Sports
Le ministre ukrainien de la Jeunesse et des Sports, Matvii Bidnyi, défend avec une grande fermeté le maintien de l’exclusion russe des compétitions internationales. Dans un entretien accordé au média italien Calcio e Finanza, il estime que les organisations sportives internationales, au premier rang desquelles le Comité International Olympique, contribuent aujourd’hui à affaiblir la pression exercée sur Moscou par la communauté internationale à travers les sanctions économiques et diplomatiques.
Interrogé sur l’idée d’utiliser le sport comme outil de dialogue avec la Russie, à l’image de la diplomatie du ping-pong pratiquée dans les années 1970 entre les États-Unis et la Chine, le ministre ukrainien s’est montré catégorique, estimant que la Russie ne cherche pas véritablement à mettre fin au conflit et continue d’avoir besoin de cette guerre pour maintenir une apparence de normalité auprès de sa propre population.
Bidnyi va plus loin encore en estimant que les sportifs russes de haut niveau ne sauraient être considérés comme de simples victimes de cette exclusion, affirmant que nombre d’entre eux occupent des fonctions officielles au sein d’organismes directement rattachés à l’appareil militaire russe. Selon lui, il ne saurait exister de neutralité véritable sans paix effective, ni de statut neutre pour des sportifs financés par l’État qui mène cette agression.
Le sport comme instrument de propagande, selon Kiev
Le ministre ukrainien insiste également sur la dimension symbolique d’une éventuelle réintégration russe. Selon lui, Moscou a toujours instrumentalisé ses succès sportifs pour affirmer sa puissance sur la scène internationale, et un retour dans la communauté sportive mondiale permettrait à la propagande russe de présenter le pays comme une nation forte et respectée, galvanisant ainsi sa propre population autour de l’idée d’un empire puissant.
Bidnyi tient toutefois à préciser que cette position d’exclusion ne vise en rien à cibler les citoyens russes individuellement, mais répond selon lui à un impératif de responsabilité et de sécurité collective, le sport international ne pouvant, selon ses mots, continuer comme si de rien n’était pendant que des attaques russes continuent de toucher des villes ukrainiennes et d’endeuiller des athlètes et entraîneurs du pays.
Une pression supplémentaire sur une FIFA déjà exsangue
Cette prise de position ukrainienne intervient à un moment particulièrement délicat pour Gianni Infantino, contraint de gérer simultanément plusieurs fronts de contestation. D’un côté, la crise de gouvernance ouverte par l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise continue de fragiliser sa position institutionnelle, avec une UEFA de plus en plus déterminée à obtenir un changement de direction à la tête de l’instance mondiale. De l’autre, ce dossier géopolitique autour de la Russie et de l’Ukraine ajoute une dimension diplomatique particulièrement sensible à une période déjà exceptionnellement tendue pour le président de la FIFA.
Le fait que ce dossier russe ressurgisse précisément au moment où l’UEFA cherche à structurer une opposition organisée contre Gianni Infantino n’est pas anodin : il offre à ses détracteurs un argument supplémentaire, cette fois sur le terrain de l’éthique et de la responsabilité géopolitique, pour contester la légitimité de sa gouvernance actuelle à la tête du football mondial.
Ce que cette situation révèle de l’isolement croissant d’Infantino
Au-delà du seul dossier russo-ukrainien, cette nouvelle polémique illustre la difficulté grandissante de Gianni Infantino à gérer sereinement l’ensemble des dossiers sensibles qui s’accumulent sur son bureau depuis plusieurs semaines. Entre contestation financière, institutionnelle et désormais géopolitique, le président de la FIFA se retrouve à devoir défendre sa position sur des fronts multiples et simultanés, une situation rarement observée pour un dirigeant sportif de cette envergure, et qui alimente chaque jour un peu plus les interrogations sur sa capacité à se maintenir durablement à la tête de l’instance mondiale du football.
Entre la crise de gouvernance ouverte par le projet FIFA Forward Enterprise et ce nouveau dossier géopolitique autour du retour progressif de la Russie dans les compétitions de la FIFA, Gianni Infantino voit son autorité contestée sur des terrains de plus en plus variés. La fermeté affichée par l’Ukraine sur ce dossier sensible ne devrait pas manquer d’alimenter davantage encore la contestation déjà bien installée autour de sa gouvernance, à quelques mois seulement de l’échéance électorale prévue en mars prochain.
