Après un communiqué du Real Madrid saluant le retrait du projet FIFA Forward Enterprise tout en critiquant l’accord entre la Liga et le fonds CVC, Javier Tebas a répliqué avec une réponse cinglante, accusant le club merengue d’une double doctrine et raillant son passé dans le projet avorté de Super League.

La guerre froide entre Javier Tebas et le Real Madrid connaît un nouvel épisode, cette fois sur fond de crise de gouvernance à la FIFA. Le président de la Liga n’a pas tardé à répliquer à un communiqué du club merengue, livrant une réponse aussi rapide que mordante, dans laquelle il accuse ouvertement le Real Madrid d’incohérence et raille son passé dans le projet avorté de Super League.
Le point de départ : un communiqué du Real Madrid
Tout part d’un communiqué officiel publié le 2 août par le Real Madrid, dans lequel le club merengue salue le retrait du projet FIFA Forward Enterprise, cette structure commerciale controversée que Gianni Infantino envisageait de mettre en place pour céder une partie du capital de la Coupe du Monde à des investisseurs privés. Le club madrilène en a profité pour affirmer plus largement son opposition à toute initiative cherchant à vendre par anticipation des revenus commerciaux futurs sans en assumer les coûts ni les risques.
Dans la foulée, le Real Madrid a saisi l’occasion pour rappeler sa propre opposition, de longue date, à l’accord conclu entre la Liga et le fonds d’investissement CVC, une opération à laquelle le club a toujours refusé de participer. La direction merengue a estimé qu’engager les revenus audiovisuels du football sur une durée de cinquante ans constituait une pratique que le football ne devrait reproduire ni en Espagne ni à l’échelle internationale, un parallèle à peine voilé avec le projet FIFA tout juste abandonné.
Une réponse immédiate et mordante de Javier Tebas
La publication du Real Madrid n’a pas mis longtemps à provoquer une réaction du président de la Liga. Javier Tebas a répliqué avec un message intitulé de façon ironique « L’être pas tant supérieur », un clin d’œil à peine dissimulé à l’image que le club madrilène cultive traditionnellement de lui-même.
Dans sa réponse, Tebas commence par reconnaître une part de vérité dans les propos du Real Madrid, concédant que la première partie du communiqué madrilène était irréprochable : la FIFA ne peut effectivement pas disposer unilatéralement des revenus futurs du football sans consulter les clubs, qui sont ceux qui en supportent les coûts et les risques. Une entrée en matière presque conciliante, qui ne dure toutefois que quelques lignes.
L’accusation d’une double doctrine
Le ton change rapidement lorsque Tebas s’attaque directement à la cohérence du discours madrilène concernant l’accord CVC. Le président de la Liga rappelle que le Real Madrid, s’il n’a effectivement engagé aucun de ses revenus dans cette opération, s’oppose à une décision qui avait pourtant été adoptée démocratiquement par une large majorité des clubs de la compétition, en vertu du même principe d’autonomie que le communiqué madrilène prétend pourtant défendre.
C’est sur ce point que Tebas livre l’une de ses formules les plus piquantes de cet échange, résumant ce qu’il perçoit comme une doctrine à géométrie variable de la part du club merengue : lorsque le Real Madrid décide librement d’une chose, il s’agirait de modernisation et de stratégie financière ; lorsque ce sont les autres clubs qui décident tout aussi librement d’une chose, il s’agirait au contraire d’une hypothèque sur l’avenir du football. Une accusation de deux poids, deux mesures qui vise directement la crédibilité du discours institutionnel du club madrilène.
Un tacle appuyé sur le passé de la Super League
Le président de la Liga ne s’arrête pas là. Il conclut sa réponse par une pique directe visant le passé récent du club merengue, rappelant ironiquement l’époque où le projet de Super League européenne était présenté comme une solution destinée à sauver un football au bord de la ruine financière. Une manière à peine voilée de rappeler que le Real Madrid, aujourd’hui prompt à se poser en défenseur de l’intégrité du football face aux logiques financières extérieures, avait lui-même été l’un des principaux instigateurs d’un projet largement perçu comme une rupture avec les valeurs traditionnelles de la compétition sportive.
Un nouvel épisode d’une rivalité déjà bien installée
Cet échange s’inscrit dans la continuité d’une relation particulièrement tendue entre Javier Tebas et la direction du Real Madrid, qui ne date pas d’hier. Le président de la Liga avait déjà multiplié les piques à l’encontre du club merengue ces dernières semaines, profitant notamment d’une cérémonie d’accueil des clubs promus en division professionnelle pour vanter la bonne gestion de sa compétition tout en critiquant implicitement les attaques répétées de Florentino Pérez contre la réglementation de la Liga.
Tebas avait également réservé quelques mois plus tôt l’une de ses formules les plus cinglantes au sujet des plaintes récurrentes du Real Madrid concernant les décisions arbitrales, affirmant qu’aucun club n’était moins légitime que le sien à se plaindre des erreurs d’arbitrage, tout en ironisant sur son impatience à lire un éventuel rapport interne du club sur le sujet. Le président de la Liga avait par ailleurs révélé qu’il déclinait systématiquement les invitations à assister aux matchs à domicile du Real Madrid depuis la tribune présidentielle du Santiago Bernabéu, pour des raisons personnelles qu’il n’a pas détaillées.
Une rivalité aux racines financières profondes
Au-delà des piques individuelles, cette confrontation reflète une divergence de fond entre deux visions de la gouvernance du football espagnol. D’un côté, Javier Tebas défend depuis des années un modèle de régulation financière centralisée par la Liga elle-même, dont l’accord avec le fonds CVC constitue l’un des piliers, destiné à financer la modernisation des infrastructures et la compétitivité générale du championnat espagnol. De l’autre, le Real Madrid, tout comme le FC Barcelone en son temps, a toujours revendiqué une autonomie de gestion plus large, rejetant les mécanismes de financement collectif qu’il juge contraires à ses propres intérêts stratégiques à long terme.
Cette opposition de fond explique pourquoi la moindre prise de position publique de l’un ou l’autre camp, aussi anecdotique soit-elle en apparence, tend systématiquement à raviver des tensions bien plus profondes sur l’avenir économique du football espagnol et sur la répartition du pouvoir entre les instances dirigeantes et les plus grands clubs du continent.
Ce que cet échange révèle du climat actuel du football espagnol
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte particulièrement chargé pour la gouvernance du football mondial, entre la crise ouverte à la FIFA autour du projet FIFA Forward Enterprise et les multiples fronts d’opposition qui se sont formés ces dernières semaines entre confédérations, ligues nationales et grands clubs européens. Dans ce climat de défiance généralisée envers les instances centralisées, l’échange entre Tebas et le Real Madrid illustre combien la question du contrôle des revenus futurs du football, qu’il s’agisse de la Coupe du Monde ou des championnats nationaux, est devenue le nouveau champ de bataille central de la gouvernance sportive mondiale.
Conclusion
Entre reconnaissance partielle des arguments madrilènes et accusation cinglante d’incohérence, la réponse de Javier Tebas confirme que la relation entre le président de la Liga et le Real Madrid reste l’une des plus conflictuelles du football espagnol. Alors que le club merengue cherche à se positionner en défenseur de l’intégrité du football face aux logiques financières extérieures, son propre passé, entre projet de Super League et opposition à l’accord CVC, continue de lui être régulièrement renvoyé par un Tebas qui ne manque jamais une occasion de rappeler ces contradictions.
