FIFA sous tension : la Norvège somme Gianni Infantino de quitter la présidence

Par la voix de sa présidente Lise Klaveness, la Fédération norvégienne de football réclame officiellement la démission de Gianni Infantino, estimant qu’il n’a plus la confiance institutionnelle nécessaire pour diriger la FIFA, et saisit le comité d’éthique sur trois dossiers distincts.

La fronde contre Gianni Infantino continue de s’étendre, et elle vient cette fois directement d’une fédération membre de la FIFA. La Fédération norvégienne de football a officiellement demandé, ce vendredi, la démission du président de l’instance mondiale du football, une prise de position forte qui illustre l’ampleur de la crise de confiance désormais installée autour du dirigeant italo-suisse.

Une déclaration sans détour de la présidente norvégienne

C’est Lise Klaveness, présidente de la Fédération norvégienne, en pointe des critiques envers Gianni Infantino depuis plusieurs années, qui a annoncé cette décision lors d’une conférence de presse. Son constat est sans appel : selon elle, le président de la FIFA n’a plus la confiance institutionnelle nécessaire pour diriger l’organisation de manière stable dans la période particulièrement tourmentée que traverse actuellement le football mondial. Elle a ajouté qu’il n’existait désormais plus de retour en arrière possible pour Gianni Infantino, avant de conclure que sa fédération allait formellement demander au président de la FIFA de démissionner sans plus attendre.

Cette annonce intervient au lendemain d’une réunion des instances dirigeantes de la fédération norvégienne, au cours de laquelle celles-ci ont arrêté leur position officielle concernant le très décrié président de l’instance mondiale.

Trois dossiers transmis au comité d’éthique de la FIFA

Au-delà de la seule demande de démission, la Norvège a également décidé de saisir formellement le comité d’éthique de la FIFA sur trois dossiers distincts, illustrant l’ampleur des reproches adressés à la gouvernance actuelle de l’instance.

Le premier concerne le projet avorté d’ouverture du capital de la Coupe du Monde à des investisseurs privés, cette structure commerciale controversée baptisée FIFA Forward Enterprise, abandonnée sous la pression d’une fronde menée notamment par l’UEFA. Le deuxième dossier porte sur l’annulation de la suspension du joueur international américain Folarin Balogun lors du Mondial 2026, une décision prise dans des circonstances qui avaient suscité une vive polémique après une intervention directe du président américain Donald Trump auprès de Gianni Infantino. Le troisième dossier, enfin, concerne l’attribution par la FIFA d’un prix qualifié de « prix de la paix » au président américain lui-même, une distinction largement perçue comme une marque de complaisance politique de la part de l’instance dirigeante du football mondial.

La fédération norvégienne a par ailleurs annoncé qu’elle exigeait un examen complet des réformes de gouvernance auxquelles Gianni Infantino s’était pourtant engagé au fil de ses différents mandats à la tête de la FIFA.

Une échéance électorale qui approche

Cette prise de position intervient à un moment particulièrement sensible du calendrier institutionnel de la FIFA. Président de l’instance depuis 2016 et, à ce jour, seul candidat officiellement déclaré, Gianni Infantino devra obtenir la majorité des 211 voix des fédérations membres pour être reconduit à son poste lors du scrutin prévu en mars prochain. La contestation ouverte d’une fédération aussi influente que la Norvège, pays doté d’une longue tradition de gouvernance sportive exigeante, pourrait donc peser significativement sur la dynamique de cette échéance électorale, même si Infantino reste pour l’heure sans adversaire déclaré dans la course à sa propre succession.

Une contestation qui dépasse largement le seul cas norvégien

La sortie de Lise Klaveness s’inscrit dans un mouvement de défiance bien plus large qui s’est structuré ces dernières semaines à l’encontre du président de la FIFA. Le Premier ministre canadien Mark Carney a lui-même publiquement affirmé n’avoir plus aucune confiance en Gianni Infantino, tandis que l’ancien Ballon d’Or portugais Luis Figo a estimé que le dirigeant suisse devait quitter la FIFA sans délai. Au sein même de l’organisation, plusieurs cadres dirigeants prendraient également leurs distances avec un président de plus en plus isolé, selon des informations relayées par plusieurs médias internationaux ces derniers jours.

Cette contestation s’ajoute à la pression déjà considérable exercée par l’UEFA, qui maintient sa menace de boycott des compétitions organisées par la FIFA malgré le retrait du projet FIFA Forward Enterprise, l’instance européenne estimant que le recul du président sur ce dossier ne suffit pas à restaurer la confiance nécessaire envers sa gouvernance globale.

Un contexte alourdi par de nouvelles révélations personnelles

La position déjà fragile de Gianni Infantino s’est encore compliquée ces dernières heures avec la publication d’une enquête du Telegraph évoquant une indemnité de départ versée par l’UEFA à une ancienne employée, à la suite d’une relation présumée avec le dirigeant alors qu’il occupait le poste de secrétaire général de l’instance européenne entre 2009 et 2016. L’UEFA a confirmé l’existence d’un accord financier tout en soulignant que celui-ci respectait la réglementation en vigueur à l’époque des faits, tandis que la FIFA a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de diffamatoires. Bien que distincte du dossier de gouvernance financière qui occupe l’essentiel de la contestation actuelle, cette nouvelle affaire contribue à alourdir un climat déjà particulièrement défavorable au président de la FIFA.

Une pression cumulée sans précédent pour son mandat

En l’espace de quelques semaines seulement, Gianni Infantino aura donc dû faire face à l’abandon forcé de son projet commercial le plus ambitieux, à la menace d’un boycott inédit de la part de l’UEFA, à des accusations de tentative d’achat du vote des fédérations les plus modestes, à une demande de préservation de preuves en vue d’une possible action en justice, et désormais à un appel ouvert à la démission de la part d’une fédération influente comme la Norvège. Un enchaînement de crises qui n’a, à ce jour, guère d’équivalent dans l’histoire récente de la gouvernance du football mondial.

Ce que risque réellement Gianni Infantino

Sur le plan strictement institutionnel, une demande de démission émanant d’une seule fédération, aussi symbolique soit-elle, ne suffit évidemment pas à contraindre un président de la FIFA à quitter ses fonctions avant l’échéance de son mandat. La procédure de destitution d’un président de la FIFA reste en effet encadrée par des mécanismes statutaires exigeants, nécessitant une majorité qualifiée des fédérations membres. Mais l’accumulation de prises de position aussi tranchées, venant à la fois de gouvernements, d’anciennes gloires du football et désormais de fédérations nationales elles-mêmes, fragilise considérablement la légitimité politique du dirigeant suisse à l’approche du scrutin de mars prochain, même en l’absence, pour l’heure, d’un candidat rival clairement identifié.

Conclusion

Entre la crise ouverte par le projet FIFA Forward Enterprise, la menace persistante de l’UEFA, les nouvelles révélations personnelles rapportées par la presse britannique et désormais cet appel officiel à la démission lancé par la Norvège, Gianni Infantino traverse sans conteste la période la plus critique de son mandat à la tête du football mondial. Reste à savoir si cette accumulation de pressions institutionnelles, politiques et médiatiques suffira à compromettre sa réélection prévue en mars prochain, ou si le président de la FIFA parviendra, une nouvelle fois, à consolider sa position malgré la tempête.

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